Portait satirique de La Bruyère - Coup de pouce

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Dans Les Caractères, Jean de La Bruyère présente Gnathon comme l'archétype même de l'individu égoïste, vivant uniquement pour lui-même et ignorant totalement les autres. Pour le dépeindre, La Bruyère utilise l'exagération et la caricature, un style satirique qui vise à mettre en lumière les travers humains. Ce faisant, il incite le lecteur à réfléchir sur les comportements égoïstes et impolis. De plus, l'auteur recourt à des détails très concrets pour illustrer le comportement de Gnathon, ce qui rend sa critique plus vivante et frappante.

La scène du repas ridicule est un lieu commun de la littérature satirique, dont les origines remontent aux écrits d’Horace, un auteur latin du Ier siècle av. J.-C. La Bruyère reprend ce topos pour souligner le ridicule de Gnathon, dont le portrait s'inscrit dans une longue tradition satirique. Gnathon domine la table, occupant plus d'espace que nécessaire et s'appropriant les plats comme s'ils lui étaient exclusivement destinés. En raison de son égoïsme outrancier, Gnathon ne montre aucune éducation ni même la plus élémentaire politesse : il se comporte comme si le repas était servi uniquement pour lui et se sert de tous les plats.

Il manipule la nourriture de manière dégoûtante, rendant le repas désagréable pour les autres convives. Il utilise ses mains, touche et retouche les plats, et laisse des traces de sa malpropreté partout. Il mange bruyamment et sans grâce, comparant la table à un râtelier, ce qui montre son manque de respect pour les autres et pour les conventions sociales. Cette absence de savoir-vivre, cette gloutonnerie égoïste et outrancière, que souligne la récurrence du déterminant indéfini de totalité « tous », font de Gnathon l'antithèse de l'honnête homme, sage, discret et mesuré. Dans cette seconde partie du portrait en acte, la caricature repose sur un nouveau procédé : l’animalisation du personnage. C’est un spectacle total, à la fois visuel et sonore, qui, à l’image du personnage, est démesurément écœurant, ce qui renforce l'hyperbole caricaturale.

Dans le dernier mouvement, le portraitiste illustre le défaut de Gnathon en le représentant dans des lieux publics. Il poursuit ainsi le portrait en acte en le plaçant dans des lieux de sociabilité, ce souligne par contraste l’absence de savoir-vivre du personnage. C’est là encore l’antithèse de l’honnête homme, respectueux des règles sociales, cultivé, sociable, agréable et discret. Gnathon s'attend à ce que tout le monde s'adapte à ses besoins et désirs. Il ne tolère aucune contrainte et s'arrange pour que tout lui soit confortable, peu importe l'inconvénient causé aux autres. Il utilise les ressources et les services des autres sans considération, traitant les biens d'autrui comme s'ils étaient les siens. On retrouve l’opposition entre le singulier et le pluriel, conséquence de sa vision égoïste de l’existence : « lui seul » contre « celle des autres », « lui » contre « toute la compagnie ».

Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr
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